Moi, Céline, fille de réfugiés | Une note personnelle

Moi, Céline, fille de réfugiés, je t'écris cette lettre à toi, Europe qui a peur d'ouvrir tes frontières à "ces gens là".

Tout d'abord, comment ne pas tomber dans le pathos, les raccourcis, les amalgames, quand tout autour de nous: média, discussions de comptoirs, réseaux sociaux... nous poussent à le faire?

Et bien, peut-être faut-il chercher au plus profond de nous même, les réponses à nos questions plutôt que d'écouter les autres donner leur avis sur une problématique que peu comprennent - y compris moi, vous et tous ceux qui n'ont pas vécu la guerre, la peur, l'effroi de voir ses proches disparaître sous ses yeux, les longues marches sans boussole ni carte, mais avec l'espoir de trouver un ailleurs meilleur; car de toutes les façons, rien ne peut être pire que ce qu'on vit déjà ici.

Alors on saute dans un

bateau

radeau de fortune et puis on prie. On prie pour arriver sur la terre ferme, on prie qu'aujourd'hui ne soit qu'un cauchemar et que demain, on se réveillera sur un territoire neutre, qui voudra bien nous accueillir.

C'est ce que mes parents ont fait, il y a un peu plus de 30 ans.

Sauf qu'à l'époque, les média étaient un peu moins oppressants et n'avaient pas encore réussi à convaincre la moitié de la planète, que "ces gens là" étaient un problème.

Au fond, quel est ton problème chère Europe ? As-tu peur que "ces gens là" viennent troubler l'équilibre de ton système socio-économique déjà bien fragile ? As-tu peur que "ces gens là" viennent "profiter du système" ? As-tu peur que tes terres soient envahies par des "terroristes potentiels" ?

Par contre, quand un des tes gouvernementsreçoit des dictateurs, des chefs de gouvernement totalitaire, personne ne panique, tout est normal, c'est de la Di.Plo.Ma.Tie. Mais bon, ceci est un autre débat...

Arrêtons de nous faire manipuler par les média, la société, réfléchissons 2 secondes.

Croyez-vous vraiment que parce que "ces gens là" ont vécu dans un pays totalitaire aveuglé par des fanatiques, qu'ils le sont eux-mêmes ?

Qu'ils vont venir souiller "votre" pays par leur présence ingrate et inutile ?

Mes parents ont fui le Cambodge pendant la guerre menée par le régime des Khmers rouges et Pol Pot, dictateur sanguinaire qui - pour la faire très courte - a zigouillé 1.7 millions de personnes soit 20% de la population de l'époque. Un "détail de l'Histoire" comme diraient certains ...

Est-ce pour autant que mes parents sont arrivés en France avec ces idées sanguinaires ? Non.

Sont-ils devenus des parias de la société française ? Non.

Leurs enfants sont-il devenus des voyous, non intégrés, incapables de suivre un parcours scolaire blablabla ? Non.

Moi, Céline, fille de réfugiés. J'ai grandi en Seine Saint-Denis, dans le 9.3 comme on dit. J'ai obtenu un bac S, intégré une prépa, fini avec un BAC+5 et suis devenue chef d'entreprise aujourd'hui. Non, je ne dis pas ça parce que j'ai les chevilles plus grosses que les colonnes d'Hercule, mais pour vous dire que toutes ces idées préconçues que nous avons dans nos petites têtes, c'est des c**neries.

"Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire d'eux ?", c'est bien la question que tout le monde se pose, nan ?

 Mais toi, quand tu es venu au monde, sur cette terre, ce sol, ce territoire qui ne t'appartient pas,

à la maternité, la sage femme t'a-t-elle dit: "mais qu'est ce qu'on va bien faire de toi? Tu ne parles pas français, tu ne connais rien à la société dans laquelle tu vas être intégré....vraiment, qu'est ce qu'on va bien pouvoir faire de toi?"

Oui la comparaison est ridicule, mais parce que la question EST ridicule !

Comment ça qu'est ce qu'on va faire d'eux ? Bah on va faire comme toi tu as fais, apprendre à marcher dans un monde nouveau, apprendre à communiquer, apprendre un métier, voire même transmettre son métier, car qui te dis que "ces gens là" n'en savent pas plus que toi sur tout un tas de sujet?!

"Ces gens là", ils auront même peut être encore plus la niaque que vous et moi, de travailler, d'avoir le sentiment de servir à quelque chose, d'être reconnaissants pour tout ce que "VOTRE" pays, devenu le leur, leur a apporté.

Aujourd'hui, le débat se résume à la journaliste qui fait des croche-pattes et des coups de pieds arrière-retournés- (encore une carrière ratée, elle aurait pu être sportive de haut niveau en taekwondo) - alors on s'insurge : c'est honteux, c'est inhumain, blablabla. OUI c'est vrai, ca l'est.

Mais nous, TOI, MOI, on fait quoi en attendant ? Bah on ne fait rien, et ça, c'est peut être pire.

"Ces gens là", ils ne sont ni moins bien ni mieux que toi et moi, ils sont juste COMME toi et moi : Humains.

#WhatMakesUsHuman

Alors peut-être te sens-tu impuissante, douce Europe, face à la gestion "logistique" de cette situation, mais peut-être que si on commençait juste à se traiter les uns les autres avec dignité et respect, si on évitait d'envoyer la police tabasser les arrivants à la frontière, si on évitait de faire de "ces gens là" des bêtes de foire dans les média, si tu te rappelais qu'il n’y a pas si longtemps tu avais ouvert tes portes à d'autres réfugiés comme mes parents, qui t'ont permis d'être l'Europe que tu es aujourd'hui, qui ont bâti des immeubles, ouvert des commerces, envoyer leurs enfants à l'école, participer à ton développement économique et culturel. Alors, peut-être, je dis bien peut-être que tu arriveras à voir la situation sous un autre angle. Celui où l’entraide, la solidarité, l’unité et la fraternité ne sont pas que des concepts abstraits.

Parce que oui, dis toi bien, Europe, que tu es en train d’abandonner tes frères, tes sœurs et tes parents, "ces gens là" font partie de ta famille – la famille Humaine - et que s’ils souffrent, tu souffriras aussi. Car l’humanité n’est qu’une, originellement.

Alors comme les mots me manquent, et qu'en parlant d'amour universel, je tomberai dans la case "utopiste", je me raccroche à ma Foi en l'humanité, en ce qu'il y a de bon dans chacun de nous...et à ces mots, que je t'adresse Ô toi belle Europe :

"Ne savez-vous pas pourquoi Nous vous avons tous créés de la même Poussière ? C'est Pour que nul ne s'élève au-dessus des autres. Méditez sans cesse sur la manière dont vous fûtes créés. Puisque Nous vous avons tous faits d'une même substance, il vous incombe d'être comme une seule âme, allant d'un même pas, mangeant d'une même bouche et habitant la même terre afin que, du tréfonds de vous-mêmes, par vos actes et par vos œuvres, les signes de l'unité et l'essence du détachement puissent se manifester. Tel est le conseil que je vous donne, ô assemblée de lumière. Suivez-le attentivement, afin de récolter le fruit de sainteté sur l'arbre de gloire merveilleuse."

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Baha'u'llah